Antigone

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La mise en scène que Marc Paquien nous propose est, à bien des égards, trop sage et froide pour nous faire entrer dans le cœur des personnages, pour nous donner envie de les plaindre ou même de les condamner. Le metteur en scène fait des spectateurs des soldats bis – vous savez, ceux qui jouent aux cartes à la fin, comme si rien ne s’était passé – en les laissant à la porte des personnages et de leur histoire. Un comble pour une pièce qui plébiscite la résistance, la passion, l’émotion face à la dictature de l’ordre, du bon sens, du gagne-petit ! Un comble surtout pour une tragédie censée opérer une catharsis, censée nous remuer les tripes bien qu’Anouilh s’amuse à en exhiber voire à en dénigrer les mécanismes et les ressorts.

Le dramaturge joue sur les contrastes dans Antigone : l’ordre et la raison de Créon face au désordre et à la passion d’Antigone et Hémon, la coquette Ismène face au garçon manqué qu’est sa cadette Antigone, la gravité et le sérieux des dilemmes imposés par l’appareil étatique face au grotesque et à l’humour qu’apportent le prologue, la nourrice, les soldats, le choeur… Or tout ici, salle Richelieu, est nivelé. Les acteurs peinent à passer d’une tonalité à l’autre, peinent à nous faire passer du rire aux larmes, des larmes au rire, peinent tout simplement à rendre la force de l’écriture d’Anouilh qui rejoue le combat des Anciens et des Modernes en reprenant les codes antiques dans une dramaturgie et un langage modernes.

Alors, oui, la tragédie c’est grave, c’est sérieux. Mais cette tragédie-ci est celle d’Anouilh ! On attendait donc plus de créativité et d’inventivité dans la mise en scène. Or les portes et murs gris qui se dressent devant nous ne font que remplacer les traditionnelles et conventionnelles colonnades de marbre… Un décor plombant donc, plombé également par des effets faciles de sons stridents et de portes qui claquent en coups de tonnerre pour convoquer je ne sais quels dieux que ni Anouilh ni ses personnages ne veulent voir sur scène.

Ce qui est terrible, c’est tout de même cette impression, au sortir de la pièce, d’avoir assisté à sa seule mise en voix et encore, il y a beaucoup à redire aussi de ce point de vue. Le jeu des comédiens n’a rien d’enthousiasmant en effet. Si Bruno Raffaelli est plein de justesse dans son incarnation de Créon, il lui manque ce je-ne-sais-quoi de charismatique pour être tout à fait convaincant. Le soldat Varupenne, bon lui aussi, ne demande qu’à être sauvé semble-t-il, à être désinhibé : sa force comique paraît se contenir et ronger son frein. Quant à Françoise Gillard, passant du cri au murmure sans cohérence ou incohérence légitimes, elle ne marque pas les esprits et ne provoque pas l’empathie nécessaire au rôle.

En bref, rien de neuf sous le soleil si l’on excepte le choix discutable d’avoir réuni le prologue et le chœur en une espèce de bonimenteuse, Clotilde de Bayser, peu inspirée et inspirante. Et l’on se demande pourquoi certains ont renoncé à aller au Français…

Spectacle joué à la Comédie-Française jusqu’au 2 mars 2014.

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